Commune IV du District de Bamako : l’énigme de ‘’Kilimanjaro’’ !

Située au cœur de la Commune IV du District de Bamako, le dépôt de transit d’ordures de Lafiabougou, connu sous le nom de ‘’Kilimanjaro’’ de par son volume d’ordures, continue de couper le souffle aux riverains. Un phénix très difficile à abattre par les autorités.

Depuis début 2008, les autorités compétences n’ont pas pu trouver une solution pérenne au problème posé par cette décharge. Créée en tant que dépôt de transit d’ordures, elle n’a rien à envier aujourd’hui à un dépôt final. Quand il pleut, les alentours de cette décharge deviennent impraticables avec un air irrespirable et les riverains n’ont plus de mots pour qualifier leur désenchantement au regard de cette situation ubuesque.

Il est 8 heures 10 minutes, ce 13 septembre 2018 sur ‘’Kilimanjaro’’. Le soleil est encore doux et les ordures sont toujours dans le lit de la boue et des eaux usées. Les usagers, le nez dans la main, vaquent à leurs occupations, le cœur serré.

Nous rencontrons Aminata Traoré, une ménagère du quartier ACI 2000 et lui demandons pourquoi cette montagne d’ordures ne bouge pas : « C’est la faute à la mairie ! », répond-elle. Quand nous avons voulu savoir à quelle mairie elle pensait, elle s’est lâchée : « La mairie de la Commune IV et celle du District, et le ministre, et toutes les autorités. Chez moi à la maison comme chez les voisins, les poubelles sont remplies d’ordures. Vous voyez, c’est ça le Mali, pays de l’insalubrité… »

Là, au pied de la montagne, un constat s’impose : une dizaine de camions Benne est alignée et prête à transporter les ordures loin de la commune. Dans les deux sens de la voie publique, les charretiers se bousculent. Chacun veut être au sommet du dépotoir pour se décharger et redescendre rapidement. Parce que le temps imparti est presque épuisé. En effet, les collecteurs doivent quitter les lieux à 10 heures pour permettre au bulldozer de commencer à charger les camions. « Ecoutez, je suis très pressé parce qu’à 10 heures, on ne peut plus verser d’ordures ici. Donc, je dois partir immédiatement », nous répond un jeune charretier à qui nous voulions poser quelques questions.

Cohésion et entr’aide au sommet !

Au sommet de ‘’Kilimanjaro’’, la cohésion et l’entr’aide sont impératifs. En file indienne, les collecteurs se déchargent par ordre d’arrivée. A l’entrée de la décharge, une charrette  bloque le passage. L’âne, épuisé, ne peut pas s’en sortir seul et le charretier, lui, est à bout de souffle. Alors, les collègues lui apportent leur aide pour libérer le chemin. On se remercie, puis la lutte continue vers le sommet !

9 heures 46 minutes. Le conducteur du bulldozer met son moteur en marche. Il est l’heure de libérer les lieux afin que démarrent les travaux d’enlèvement des ordures. Le signal est donné par des coups de sifflet. La route est désormais barrée aux charretiers qui n’ont pas eu la chance d’atteindre la décharge. Ceux qui s’y trouvent déjà doivent faire vite pour laisser la place aux camions. Les femmes et les enfants qui, en véritables rats des dépotoirs sont en train de fouiller ici et là, à la recherche d’objets utiles à revendre, sont aussi priés de déguerpir.

Des mesures contrariantes !

Une fois déclenché le ballet des camions, les charrettes non déchargées doivent rester garées jusqu’à leur descente. D’autre part, les familles dont les ordures n’ont pas été enlevées, doivent attendre le lendemain. Une situation difficile à vivre pour certains. Adama Doumbia, un des charretiers recalé s’indigne : « Vous savez, c’est le pire moment que nous vivons actuellement. Regardez toutes ces charrettes chargées, une trentaine. Elles vont toutes rester ici comme ça, avec les ânes fatigués, jusqu’à l’après-midi. Et tenez-vous bien, d’autres charrettes sont encore en route. Nous allons donc passer toute la journée comme ça, sans rien faire. On ne peut plus faire d’autres voyages et on ne peut pas non plus se reposer et donner le temps à nos ânes de respirer un peu. Devant les foyers, les ordures sont déversées, parce qu’on n’a pas le maximum de temps pour les enlever ».

Selon Abdoulaye Kéita, représentant du Comité de veille et de suivi de la décharge, ces mesures ont été prises pour permettre aux camions d’enlever le maximum d’ordures dans la journée. «A ce rythme, on a une cinquantaine de chargements de camions par jour. Maintenant, si on laisse les charrettes entrer, elles vont perturber les travaux des camions et le volume des ordures va continuer à croître. Finalement, on ne saura même pas où les mettre. Nous ne pouvons que demander aux familles et aux charretiers de nous comprendre. C’est pour l’intérêt des riverains de la décharge et de toute la Commune IV que nous faisons cela », a-t-il précisé.

La mairie de la Commune IV se justifie !

Après la décharge, nous sommes reçus par le 2ème adjoint au maire de la Commune IV, chargé de l’Assainissement, Alkassoum Ahmadou Maïga. Il nous donne des explications : «C’est nous la mairie qui subissons l’impact négatif de cette situation vu que nous représentons les populations. Mais, il faut comprendre que notre part dans l’assainissement de la commune s’arrête à la collecte des ordures ménagères et nous sommes en train de le faire, à travers une trentaine de GIE avec lesquels nous avons des contrats. »

La démission d’Ozone !

Selon Alkassoum Ahmadou Maïga, Ozone-Mali s’est désintéressée de la gestion de la décharge depuis deux ans. « Il y a deux ans, c’est Ozone qui gérait cette décharge. Mais aujourd’hui, on ne les voit plus. La mairie d’une commune n’est pas habilitée à financer une décharge sur fonds propre. Le maire peut le faire de sa poche ou chercher des partenaires pour le faire, mais s’il utilise le fonds de la mairie, il ne pourra pas se justifier face aux contrôleurs financiers. Parce que cette dépense ne fait pas partie de celles assignées à la mairie. Donc, nous pensons qu’avec la décentralisation, nous pouvons le faire, mais seulement si l’Etat nous en donne les moyens. Malheureusement, depuis 2014, cette décentralisation n’a été qu’une décision politique et aucune ressource ne l’a accompagnée », a-t-il déclaré.

Une action citoyenne de la Société Toguna-SA !

Pour dégager une fois de plus ‘’Kilimanjaro’’, c’est la Société Toguna-SA qui s’est déclarée volontaire. Les travaux se passent gratuitement et sous la supervision d’une commission mise en place au sein du département de l’Environnement, de l’Assainissement et du Développement durable, à travers ses services rattachés. A la Direction nationale de l’Assainissement et du Contrôle des Pollutions et Nuisances (DNACPN), la directrice nationale adjointe, Mme Ascofaré  Fatoumata Nia Niafo, nous donne cette précision : « L’enlèvement de cette décharge est une action citoyenne qu’une entreprise citoyenne est en train de mener gratuitement et cette entreprise citoyenne s’appelle SociétéToguna-SA. »

Ousmane BALLO

Source : Ziré-Hebdo

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