Mamadou Igor Diarra

Mamadou Igor Diarra : “Pas de prospérité durable si la vie économique est assujettie aux caprices d’un Etat corrompu”

Le Mali d’aujourd’hui ressemble au patient agonisant aux urgences d’un hôpital sans médecin ni infirmier de garde. Cela doit changer”. C’est le cri de cœur que lance Mamadou Igor Diarra, pour qui, “le Mali est riche, riche de sa jeunesse, de sa nature généreuse et d’un héritage culturel phénoménal. Mais son trésor est encore caché…c’est à notre génération et aux suivantes de le déterrer et de le faire fructifier”. C’est pourquoi, il rêve d’un Mali ayant retrouvé sa grandeur. C’est certes un rêve, mais réalisable. En effet, pour Mamadou Igor Diarra, il suffit d’y œuvrer ensemble. Pour paraphraser le titre de son livre, “C’est possible au Mali” dont nous retenons quelques aspects.
Rien ne pourra être entrepris sans l’engagement citoyen du peuple, sans l’imagination créative de ceux qui produisent la richesse par leur travail, sans leurs investissements aussi”. C’est la conviction de Mamadou Igor Diarra. En plus, ajoute-t-il : “Pour permettre à notre Mali de franchir une nouvelle étape de son histoire, il est vital de répondre d’urgence aux attentes essentielles, de rétablir le contact et la confiance entre un monde politique renouvelé, vraiment engagé dans sa mission d’intérêt général, et un peuple réconcilié, bien dans sa peau”.
C’est que pour le Banquier émérite et deux fois ministres au Mali, l’expérience qui l’a cumulé à la fois dans le secteur privé et en matière de gestion des affaires publiques l’amène à dire que nous pouvons “rêver et construire ensemble le Mali” à condition de “soigner les déviances du pouvoir”. Comme il le précise dans le livre : “Au-delà des règles de la démocratie et des pouvoirs de l’exécutif fixés par la Constitution, l’environnement de nos gouvernants entrave leur capacité à diriger efficacement dans le sens de l’intérêt public”. Pour cela, Mamadou Igor Diarra a identifié sept (7) limites non exhaustives qu’il dit avoir expérimentées pour arriver à la certitude que le pouvoir doit se délester de “ses habits de cérémonie” pour enfiler “sa tenue de travail” et qu’à la place de “la dévolution aux Excellences” qu’on substitue “la mobilisation des excellents”.
Mamadou Igor Diarra appelle donc à l’action car “notre avenir est entre nos mains” et les urgences si nombreuses, obligent à “porter l’effort sur l’essentiel et éviter de nous disperser”. Selon lui, en termes plus précis, la vie de nombre de nos compatriotes se résume à la débrouille au quotidien, notamment pour trouver le “prix des condiments” et qu’il faille maintenant transformer cette débrouillardise en “construction rationnelle de sa vie professionnelle et sociale”. En d’autres termes, pour construire le grand Mali dont il rêve, il faut changer les comportements, rétablir la solidarité sociale, reconquérir les ressources de l’Etat et faire de notre jeunesse la priorité.
Ainsi donc, pense-t-il que “la priorité de l’action publique est la quête rapide de la prospérité : moderniser l’Etat pour lui permettre de véritablement favoriser la production des richesses et les conditions de création d’emplois”. Pour cela, soutient-il, la forme décentralisée déconcentrée de l’Etat peut constituer “une opportunité d’efficacité”, si elle est “bien agencée” et accompagnée de “l’implication plus systématique des acteurs concernés”.
Justice “dans le sens d’égalité de traitement pour tous”
Après avoir rendu hommage aux opérateurs économiques du Mali dont le rayonnement de certains est “perceptible au-delà de nos frontières” Igor, comme on l’appelle communément, en appelle au soutien du secteur privé, lequel, précise-t-il, “sera pourvoyeur d’emplois et créateur de richesses”.
Mais fait-il remarquer, il faut résoudre la question de la justice qui est “tout aussi centrale “car” de grandes richesses peuvent être produites sans profiter au grand nombre”. Justice “dans le sens d’égalité de traitement pour tous”. Il faut donc donner de nouvelles formes à la volonté de justice sociale et de solidarité ancrée dans notre histoire ancienne. “Pas de prospérité durable si la vie économique est assujettie aux caprices d’un Etat corrompu…Pas de tranquillité familiale si la propriété d’un terrain ou d’une maison est soumise aux manigances en tous genres, qui permettent aux puissants de déloger les faibles”. Mamadou Igor Diarra prône aussi la justice dans la rémunération du travail et l’égalit des traitements entre les hommes et les femmes en matière salariale. En un mot, “il faut une loi égale et protectrice pour tous et un Etat vertueux agissant avec détermination pour la faire respecter”.
Il a tenu à préciser dans ce livre qu’il faut faire du rétablissement de l’unité nationale, de la paix et de la sécurité une priorité car sans elles il ne saurait y avoir de prospérité. Pour ce faire, nos forces armées et de sécurité doivent être correctement équipées et “leur chaine de commandement irréprochable, du président de la République au sous-officier et au soldat, des responsables parlementaires du contrôle public à la vigilance citoyenne face à la petite corruption qui pullule sur la voie publique”.

Un renouveau culturel

Igor a aussi pensé au versant culturel de la paix. Il écrit : “Pas un Mali sans un imaginaire commun, un imaginaire partagé, un imaginaire vivant, un imaginaire pour aujourd’hui et pour demain”. Le Mali regorge de talents (danse, musique, mode, graphisme, théâtre, artisans d’art, etc.), constate-t-il. Pour lui, l’Etat doit “donner un immense essor à leur mission” afin de construire un Mali “cimenté par une culture vivante rayonnant dans tous les cantons du pays et dans tous les continents du monde…”. Il s’agit d’un renouveau culturel !
Mais, souligne-t-il : “Le Mali d’aujourd’hui ressemble au patient agonisant aux urgences d’un hôpital sans médecin ni infirmer de garde. Cela doit changer”. Mais si l’on veut le changement et sommes prêts à agir pour le réussir, cela nécessite un autre état d’esprit pour appliquer un traitement de choc au grand malade Mali.
Le premier remède est le travail à effectuer sur nous-mêmes pour changer nos comportements afin d’obtenir l’engagement citoyen de chacun. Un travail qui dépend de nous, collectivement et individuellement, précise-t-il.
Après cela, il y a une nécessité de rétablir les canaux de solidarité “capables d’irriguer à la fois le cercle familial et la nation toute entière…Il faut donc identifier les espaces où l’action publique peut étendre nos solidarités culturelles, inventer les bons dispositifs et les mettre en œuvre”.

Reconquérir les ressources de l’Etat

Un autre remède dans le cadre de “la thérapie de choc seule capable d’arrêter la gangrène qui démembre le Mali”, c’est de reconquérir les ressources de l’Etat car “le Trésor public est un réservoir percé” qui laisse échapper deux grosses fuites des fonds publics : les dépenses inutiles et les abus de biens publics nombreux et massifs. A titre d’exemple, Mamadou Igor Diarra écrit que “le Mali n’a pas besoin de cortèges somptueux quand ses dirigeants se déplacent ni de voyages internationaux incessants qui paralysent le sommet de l’Etat, et pas d’avantage d’une diplomatie pléthorique…”. Il a évoqué le parc automobile “surdimensionné en nombre et en puissance moteur”. Il ajoute que “les dépenses d’électricité, d’eau, de carburant ou de téléphonie des administrations centrales frisent parfois le délire”.
Mais, reconnaît-il, au-delà de cette thérapie, il faut impérativement mettre la jeunesse au cœur de nos actions, de ce profond changement d’esprit, si nous voulons assurer la santé de notre nation sur le long terme. Il a émis dans ce cadre plusieurs hypothèses pour mieux prendre en charge les préoccupations de la jeunesse.
Amadou Bamba NIANG

Source : Aujourd’hui-Mali

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