Mali : Malgré les inquiétudes sur la tenue de la présidentielle, les candidats se positionnent

Alors que les incertitudes sur la possibilité de tenir l’élection présidentielle à l’échéance constitutionnelle demeurent, les candidatures, dont celles des anciens proches du chef de l’État sortant, Ibrahim Boubacar Keïta dit « IBK », se multiplient. Décryptage.

En plus des candidatures déclarées au cours du mois de mars, dont celles de Aliou Boubacar Diallo, Président d’honneur du parti Alliance Démocratique pour la Paix (ADP Maliba) et de Daba Diawara du Parti de l’Indépendance, du Développement et de la Solidarité (PIDS), l’ancien Premier ministre d’IBK, Moussa Mara, et Mohamed Ali Bathily récemment débarqué du gouvernement, se sont déclarés candidats pour briguer la magistrature suprême du pays. D’autres candidats, sans l’avoir annoncé officiellement, sont aussi dans les starting blocks : l’ancien ministre et général démissionnaire, Moussa Sinko Coulibaly, l’ancien cadre de la Banque ouest-africaine de développement (BOAD), Modibo Koné et Hamadoun Touré, ex-chef de l’Union internationale des télécommunications (UIT).

Pourtant, les incertitudes quant à la tenue de la présidentielle de juillet 2018 demeurent. Elles sont surtout liées au contexte sécuritaire, caractérisé notamment par la menace terroriste persistante et diffuse. En plus du nord, le centre du pays est en proie à une confluence d’attaques terroristes et à l’exacerbation des tensions intra et intercommunautaires liées en partie à la compétition autour des ressources naturelles.

La multiplication des attaques dans le nord et le centre du pays au cours des derniers mois, dont la plupart est revendiquée par le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans, principale coalition djihadiste dans le Sahel dirigée par le malien Iyad Ag Ghali, illustre l’ampleur de la menace posée par les groupes terroristes et multiplie les risques sécuritaires sur l’organisation d’élections dans de nombreuses localités. En outre, le pays reste confronté à la croissance des réseaux criminels, qui se livrent à toutes sortes d’exactions, allant des braquages sur les axes routiers aux vols de bétail dans les régions du nord et du centre.

Même si les récentes sorties du Premier ministre dans le nord et le centre du pays tendent à rassurer quant à la possibilité de tenir le scrutin dans ces parties du pays, il est peu probable que d’ici les élections, des avancées puissent être réalisées au plan sécuritaire de façon à garantir un scrutin acceptable.

Pendant ce temps, les candidatures se multiplient. Cette multiplication des candidatures est motivée, d’une part par les besoins de positionnement politique en vue d’obtenir d’éventuelles places nominatives et, d’autre part, par la perception que les attentes déçues des Maliens par le président IBK pourraient offrir un terrain politique favorable à l’alternance dont ils pensent être porteurs.

D’abord, les positionnements consacrées et celles envisagées en vue de la présidentielle de juillet prochain illustrent bien le décalage entre les exigences de vitalité démocratique caractérisée par des offres d’alternatives crédibles aux populations et la culture politique de certains acteurs, qui tourne essentiellement autour de l’accès aux postes nominatifs à la suite de l’élection du président de la République. A cet effet, ils sont nombreux à vouloir briguer le poste de président de la République, non pour une prétention présidentielle afin de mettre en œuvre un projet politique, mais pour pouvoir constituer un fonds de commerce politique qui garantirait l’accès à un poste ministériel ou assimilé.

Ensuite, depuis quelques mois, des coalitions hétéroclites et des candidats qui appréhendent la situation politique comme une occasion d’opérer l’alternance à la tête du pays se positionnent en vue de la présidentielle de juillet prochain suivant le mot d’ordre « Tout sauf IBK ». Avec, en toile de fond, l’objectif de désigner un candidat unique face à IBK, des groupes et coalitions politiques se composent et se décomposent au gré des conflits d’intérêts personnels et des dissensions stratégiques au sein de l’opposition elle-même.

Enfin, il est peu probable que les leaders de ces coalitions parviennent à s’unir autour d’une candidature unique d’ici le 29 juillet prochain. En attendant, trois tendances hypothétiques sont perceptibles dans le positionnement pour cette élection. Ceux qui se lancent dans la course avec la conviction d’être élus. Ceux qui y vont avec l’ambition de pouvoir être associés à une hypothétique transition au cas où l’élection n’a pu être organisée et qu’il est constaté un vide constitutionnel. Et, finalement ceux qui y vont dans l’espoir de disposer d’une part du « gâteau » à partager après la présidentielle.

Ce sentiment d’une élection présidentielle ouverte avec de nombreuses incertitudes en 2018 et une attention politique cristallisée autour du slogan «Alternance » ne doivent pourtant pas occulter la nécessité du débat autour des défis qui attendent le président élu. A quelques mois de la présidentielle, ni l’opposition, ni la majorité gouvernementale n’ont encore présenté de propositions concrètes pour la restauration de l’État en difficulté presque dans tout le pays et pour l’amélioration des conditions de vie des Maliens.

Baba Dakono

Chercheur

http://magperspectives.com

Source : Le Challenger

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